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Comment les équipes sur le projet développent-elles leurs compétences dans des contextes difficiles ? 

Pour répondre à cette question, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec le Dr. Kimbere Kisuba, qui exerce dans une zone marquée par l’insécurité et une connexion internet instable, deux obstacles majeurs durant sa formation. 

Kimbere est médecin traitant au sein de l’hôpital de référence de Masisi, en RDC, au cœur d’un projet MSF, où il exerce depuis maintenant quatre ans. Occupant dans un premier temps le poste de chirurgien, il fait maintenant parti du service gynéco-obstétrique en parallèle de son nouveau rôle en tant que point focal Bon Usage des Antimicrobiens (BUA). Il a achevé le Programme d’Apprentissage de la Résistance aux Antimicrobiens de l’Académie MSF pour les Soins de Santé en février 2025.

Dr. Kimbere Kisuba à l’hôpital de Masisi, RDC

Malgré les difficultés, je me suis dit que je devais aller jusqu’au bout. 

Le contexte sécuritaire était difficile et parfois décourageant mais je n’ai jamais abandonné. Il arrivait que nous devions nous réfugier à l’hôpital pour échapper aux combats. Pendant la formation, je téléchargeais les cours que je ne pouvais pas suivre en direct, afin de les revoir plus tard à la maison. Cela m’a permis de rester à jour, même sans connexion stable. Ce qui m’a surtout motivé, c’est le sens de la responsabilité. On m’avait confié un nouveau rôle, je ne voulais pas décevoir ceux qui m’avaient fait confiance. Malgré les difficultés, je me suis dit que je devais aller jusqu’au bout. 

J’ai eu la chance de pouvoir suivre mes cours dans un espace calme mis à disposition par l’Académie MSF. Chaque fois que cela était possible, je quittais l’hôpital à l’heure prévue pour me connecter à la base, où la connexion était meilleure. Même lorsqu’on entendait les crépitements des balles dehors, nous restions concentrés, enfermés, à suivre nos cours en ligne. Nous étions plusieurs dans la même situation, ce qui créait un sentiment de solidarité. 

Un jour, alors que je travaillais à la maternité, j’assistais une femme en travail lorsqu’une fusillade a éclaté. Des balles ont pénétré dans la salle où nous nous trouvions. C’était un moment terrifiant. Deux jours plus tard, une infirmière m’a montré le mur où l’une des balles avait terminé sa course. Le trou se trouvait exactement à la hauteur de ma tête. Par la suite, j’ai partagé la photo dans le groupe de formation, et mes collègues m’ont envoyé de nombreux messages de réconfort. Ce genre de situation n’est malheureusement pas rare. C’est notre réalité quotidienne.  

Les mentors étaient très disponibles, ce qui nous a permis de bien progresser. Je pense qu’ils peuvent témoigner de mon engagement, j’étais un élève assidu. Malgré les difficultés rencontrées sur le terrain, ils m’ont toujours soutenu. Parfois, lorsque nous manquions un rendez-vous, alors ils prenaient le temps de le reprogrammer. 

Kimbere et d’autres participants au programme d’apprentissage de la RAM participent à une simulation d’épidémie d’infection nosocomiale lors d’un atelier organisé à Kinshasa, en RDC, en 2024.

La formation m’a permis de comprendre pleinement mon rôle et de réorganiser le travail au sein du comité BUA. 
Nous avons mené une analyse situationnelle de l’hôpital sur le bon usage des antimicrobiens, identifié les priorités et établi des objectifs pour l’année, validés par la direction et nos partenaires. Nous n’avons pas encore de laboratoire de microbiologie, mais grâce à deux piliers : la Prévention et Contrôle des Infections (PCI) et le Bon Usage des Antimicrobiens (BUA), nous pouvons déjà agir efficacement contre la résistance.  

La formation m’a aidé à sensibiliser toute l’équipe médicale à la lutte contre la résistance aux antimicrobiens. Désormais, nous travaillons de manière plus coordonnée et consciente de cet enjeu mondial.  

Cette formation m’a permis d’acquérir de nouvelles connaissances essentielles. À la faculté, nous apprenons les bases de la médecine, mais rarement ces notions de bon usage des antimicrobiens. Aujourd’hui, je comprends mieux les dangers liés à la résistance et la responsabilité que nous avons pour y faire face. Ces enseignements ont transformé ma pratique quotidienne. 

Mon conseil, c’est la persévérance. Il faut toujours avoir des objectifs clairs et ne pas se laisser décourager par les difficultés. Il est aussi important de s’entourer de bonnes personnes et de demander conseil à ceux qui ont réussi. Être bien accompagné fait toute la différence. C’est grâce à un bon entourage, à des mentors bienveillants et à des encouragements constants que j’ai pu terminer cette formation avec succès. 

Dr. Kimbere Kisuba lors de sa remise de certificat AMR, RDC, février 2025

L’exemple de Kimbere Kisuba reflète parfaitement la détermination. Malgré un contexte d’insécurité totale il a su démonter qu’avec les bons moyens, et un cadre de soutien il est possible de venir à bout de ses objectifs. Son cas n’est pas isolé, mais son témoignage laisse une trace d’espoir et de persévérance.