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À Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, l’Académie MSF pour les Soins de Santé met en œuvre le programme de formation en Soins Cliniques en Obstétrique et Santé de la Femme.  

Khady Diallo, sage-femme et mentore clinique venue du Sénégal, partage son expérience de terrain et les changements observés.

« L’objectif de ce programme, c’est la qualité », explique-t-elle.

« Faire un accouchement, toutes les sage-femmes savent le faire. Mais comment on le fait ? Est-ce qu’on prépare correctement le matériel ? Est-ce qu’on informe bien la patiente ? Est-ce qu’on prévoit une réanimation si nécessaire ? C’est là que la différence se fait. »

 Khady Diallo, sage-femme et mentore clinique © Larissa Kabore

Khady est une professionnelle expérimentée dans la formation pour sage-femmes mais elle remarque qu’avec l’Académie l’approche pédagogique est très différente des formations classiques. Elle s’adresse à des professionnels déjà expérimentés, des sage-femmes et maïeuticiens qui cumulent parfois plus de dix ans d’expérience, mais qui bénéficient rarement d’un accompagnement approfondi sur la qualité des gestes. « Ce ne sont pas des novices, ce sont des collègues qui ont des connaissances », insiste Khady. « C’est une bonne expérience pour eux : la réponse que j’ai tout le temps c’est que “si on devait payer la formation, on ne pourrait même pas. C’est une formation gratuite et qui vient nous trouver”. » Khady remarque que les participants sont contents parce qu’ils savent que, quel que soit le besoin, même si ce n’est pas le sujet qu’ils sont en train de faire à la formation, ils peuvent aller vers les mentors et leur demander du soutien. 

« On centre la formation sur les participants, comme on demande aux soignants de centrer leurs soins sur les patientes. » Cela signifie que les apprenants participent activement à leur apprentissage. Les séances ne sont pas descendantes mais interactives, comme par exemple lors des simulations menées en lien avec l’équipe de simulation de MSF. Ce sont des situations réalistes dans un espace sécurisé où chacun peut poser des questions, tester et s’améliorer. « Il faut que les participants se sentent bien, en confiance, avec la confidentialité et la sécurité nécessaires », poursuit-elle. « Ils doivent comprendre que la formation leur appartient. »  

On centre la formation sur les participants, comme on demande aux soignants de centrer leurs soins sur les patientes.

Les formateurs partagent le quotidien des équipes en prenant régulièrement des gardes dans les services. « Être avec eux au quotidien permet de mieux voir les difficultés, de constater ce qui marche bien, de donner un feedback direct. Et c’est aussi important pour les formateurs, pour ne pas perdre la main mais rester dans la pratique. Cela crée une relation de confiance. » 

Au-delà des compétences individuelles, le programme mise beaucoup sur la dynamique collective. Les participants sont formés en équipe, ce qui favorise une cohésion qui dépasse la salle de formation. « Ils apprennent ensemble, ils font les simulations ensemble… alors quand ils se retrouvent dans le service, c’est facile pour eux de continuer à travailler en équipe », raconte Khady. « Ils partagent le même niveau de compréhension. » 

Cette approche a également renforcé la collaboration interservices.  L’Académie a ouvert des passerelles avec d’autres départements, comme la santé mentale, l’engagement communautaire ou encore les soins palliatifs. « Avant, certains ne connaissaient même pas le nom de leurs collègues des autres services. J’ai invité des collègues d’autres services pour faciliter des thèmes de formation ensemble, et cette collaboration s’est poursuit dans le quotidien. » 

J’ai invité des collègues d’autres services pour faciliter des thèmes de formation ensemble, et cette collaboration s’est poursuivie dans le quotidien.

Les changements dans les pratiques professionnelles se reflètent déjà dans la qualité des soins. Khady se souvient : « Avant, les gestes étaient mécaniques. Maintenant, des bons gestes notamment sur les soins centrés sur les patients sont devenus spontanés : informer, discuter avec la patiente, expliquer ce que l’on va faire. » 

Les équipes préparent également beaucoup mieux le matériel, anticipant les complications possibles. « Elles prévoient toujours l’équipement de réanimation du bébé, ou le matériel de ventouse si jamais il y a un problème de dégagement pendant l’accouchement. La technique est là, mais avec une dimension de qualité supplémentaire. On réduit les infections en améliorant l’hygiène, ou encore améliore le dépistage de la malnutrition » 

Les patientes elles-mêmes ressentent la différence. Elles apprécient la façon dont elles sont accueillies et accompagnées par les participants. « Le changement de comportement prend du temps, mais si on continue à les accompagner on va vers une amélioration des geste quotidiens que les patients apprécient » affirme Khady. 

Le mentor Theophile observe une participante lors d’une séance du mentorat au chevet du patient. © Larissa Kabore

Pour Khady, le métier de sage-femme est à la fois un défi et une source de grande satisfaction. « C’est un métier fait de stress, de pleurs, de rires, parfois tout dans la même journée. Mais accompagner les femmes, entendre leurs histoires, voir la joie d’une famille quand le bébé arrive… c’est ce qui me passionne. Quand une femme est devant moi, je n’ai pas le droit qu’elle reparte sans être satisfaite. » 

Son parcours avec l’Académie a aussi été marqué par l’échange et l’apprentissage avec d’autres mentors cliniques. Avant d’arriver à Bobo-Dioulasso, elle avait suivi une induction au Mali avec les équipes de l’Académie. « Je ne suis pas venue à Bobo aveugle, et à mon arrivée, j’ai été accompagnée par un mentor senior qui m’a beaucoup aidée, il m’a mise en avant, il m’a laissée faire mais en étant derrière. Grâce à lui, je suis devenue autonome très vite. » 

Je ne suis pas venue à Bobo aveugle, et à mon arrivée, j’ai été accompagnée par un mentor senior qui m’a beaucoup aidée, il m’a mise en avant, il m’a laissée faire mais en étant derrière. Grâce à lui, je suis devenue autonome très vite.

Elle souhaiterait transposer à ses futurs travails de formation les méthodes découvertes ici. « La façon de faire la formation est très différente. On commence par expliquer, directement on fait la simulation comme si c’était réel, et ensuite on part ensemble, l’apprenant et le mentor, dans le service. On accompagne la sage-femme pour mettre en pratique les acquis tout de suite. C’est une approche progressive et active que je veux réutiliser. » 

À travers son témoignage, Khady illustre le cœur de la mission de l’Académie MSF pour les Soins de Santé : renforcer les compétences techniques pour améliorer la qualité des soins, au bénéfice direct des patientes. « Ce n’est pas que maintenant tout est parfait, mais pas à pas, avec de l’accompagnement, on change les gestes du quotidien. Et ça, les patientes le voient. »